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Je me rends compte que, de plus en plus, il semble normal d’avoir recours à un tutoriel sous la forme d’une vidéo pour apprendre à faire n’importe quelle opération (recoudre un bouton, utiliser un logiciel etc.)

Je suis assez perplexe à ce sujet… Il me semble en effet tout à fait approprié d’utiliser ce système pour des opérations « IRL » (dans la vraie vie) : voici comment on plie un t-shirt ou comment on lève un filet sur un poisson. Il y a là des informations difficiles à faire passer autrement.

Mais pour beaucoup d’autres choses, l’utilisation de la vidéo me semble parfaitement contre-productive. C’est le cas en particulier pour l’utilisation d’un logiciel. Je suis sûr que tu as déjà essayé, lecteur, de suivre la démarche proposée dans un de ces tutoriels vidéo.

L’expérience « tutoriel vidéo »

D’abord, il est sage de regarder l’intégralité du tutoriel pour voir s’il décrit bien ce que je veux faire. Ensuite, je commence à suivre la démarche, en lançant une seconde lecture. Evidemment, comme j’essaie de faire les opérations en même temps que l’explication, il y a immanquablement un moment où je rate une étape et où je dois arrêter la vidéo, revenir en arrière. Après plusieurs arrêts et retours comme ça, je me dis qu’il vaut mieux faire autrement et je décide de regarder chaque étape sur la vidéo, attentivement, de faire pause, de la réaliser sur mon ordinateur, puis de revenir à la vidéo pour l’étape suivante…

Arrivé aux deux tiers ou aux trois quarts de la vidéo, je me rends compte que je ne peux pas faire l’opération indiquée : je n’utilise pas la même version du logiciel que l’auteur du tutoriel et le fameux bouton qui me serait utile n’existe pas ou bien il est ailleurs… C’est une expérience fréquente dans tous les tutoriels qu’ils soient vidéo ou non. J’en suis donc rendu à rechercher un autre tutoriel, à jeter tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Idéalement, les auteurs des tutoriels indiquent dans un texte de quelle version du logiciel ils parlent… idéalement… Bien souvent, ils se contentent de le dire oralement dans le courant de la vidéo, ce qui oblige à regarder un grand morceau avant de pouvoir savoir de quoi il s’agit. Souvent aussi, ils n’en disent rien.

Et puis, si je veux passer une partie que je connais déjà, je suis obligé d’avancer au hasard, de tâtonner, de prendre le risque de manquer une étape importante.

Mes réflexions

Fort de cette expérience (souvent répétée et que j’ai vu faire aussi bien souvent par mon fils de treize ans), je me demande ce qui incite les gens à créer de tels tutoriels et, surtout, ce qui incite d’autres à les consommer.

Sur le premier point, je crois savoir : il peut sembler plus facile de s’enregistrer en train de faire des opérations plutôt que de devoir les décrire à l’écrit. Soit. Il me semble toutefois que l’effort nécessaire à la mise en ordre des opérations pour les exposer dans un texte tend à favoriser un contenu mieux ciblé et plus pertinent, mais passons.

Mais sur le second, je reste très dubitatif. Quel est l’intérêt de suivre un tutoriel vidéo ? C’est se rendre prisonnier de la temporalité d’un tiers, se rendre dépendant des généralités (voire des banalités) qu’il voudra exposer plus ou moins compendieusement en introduction de son propos, c’est se soumettre à son bon vouloir pour obtenir des informations (comme le numéro de version). Concrètement, c’est accepter de passer un temps défini et à peu près incompressible (une approximation de ce temps peut être calculée en multipliant le temps de la vidéo par trois).

Alors qu’il est tellement plus simple de lire un texte, de le parcourir rapidement pour trouver une information ponctuelle (comme un numéro de version) ou pour saisir la démarche générale, de passer vite sur un passage qui ne me concerne pas ou que je connais déjà.

Un autre effet de la vidéo est une tendance à délayer le propos : je dois respecter le temps de celui qui parle, mais s’il se met à répéter plusieurs fois la même chose ou à se perdre dans des paroles oiseuses, je ne peux rien faire (parce que si je fais « avance rapide », je prends le risque de manquer quelque chose d’intéressant).

C’est peut-être (probablement) parce que je suis un vieux con… D’ailleurs, j’ai déjà vu des techniques utilisées par des jeunes pour lutter contre ces effets. Ainsi, mon fils se passe régulièrement des vidéos en accéléré, en ne mettant à la vitesse normale que les parties qui l’intéressent. Ce sont, me semble-t-il, des tactiques qui ne font que contourner le problème initial : pourquoi avoir utilisé la vidéo pour cet usage ? Et toi, lecteur, as-tu une réponse à cette question ?

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